Les semences de la destruction Partie I Chap 3: Les choix de la nuit

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Les semences de la destruction Partie I Chap 3: Les choix de la nuit

Message par Jeradon le Ven 8 Mar 2013 - 17:26

Les choix de la nuit


La lune était encore haute dans le ciel quand avait prit fin le décompte des morts, et depuis les Norns s’étaient retranchés dans la loge sous la garde des plus vaillants : ceux qui pouvaient encore porter les armes. Quant aux autres…Si les plus petits avaient fini de hurler leur terreur, les gémissements des blessés ne s’interrompaient que pour de rares instants de sommeil. A l’écart, loin de l’âtre en ruine, quelqu’un avait allumé un feu, et on y discutait à mi-voix.

«Gurnmarsson...»
Le murmure tira Jérad de sa rêverie : Il se redressa contre le montant de ce qui avait été la porte, et leva le regard vers Edda la Pensive. La combattante qui avait fondu sur le groupe de draguerre était en fait une Chamane, à la robe noire et aux longs cheveux noir de jais. Son visage était divisé entre deux moitiés, l’une fardée de blanc, l’autre bronzée. Toutes deux laissaient maintenant transparaître la fatigue et l’accablement.

Elle désigna le feu: dans la pénombre un bracelet de cuivre brilla. «Viens auprès de nous tu y seras mieux».
-Les draguerres rodent aux alentours tu sais, ils peuvent encore revenir…
-Ils ne reviendront pas. Ils ramassent les morts et le matériel qu’ils ont perdu. Nous tenons conseil. Viens te joindre à nous.

Autour du foyer, un groupe de chasseurs s’était rassemblé. Il ne fallut pas longtemps à Jérad pour échanger des salutations bourrues, faire connaissance et se trouver une place parmi eux.

La plupart des chasseurs s’étaient trouvés hors de portée des premières vagues d’assaut draguerre. Deux cousins du nom de Bearclav, taillés comme des rocs, exposaient leurs bras nus , tout en admirant une chasseresse du nom de Galatea. Cette dernière, parée de ses tatouages laissait flotter de longs cheveux blonds sur ses épaules , et, le regard fixé sur le feu ne prêtait aucune attention au regard luisant des deux mâles ...
Hilda, la tenancière de la loge était une femme trapue aux longs cheveux gris. Elle avait défendu son héritage sur les cadavres de tous les draguerres qui avaient tenté de passer le seuil. Par contre elle n’avait pas pu arrêter les tirs de fusil et de tourelles : la loge n’avait pas cramé, mais les murs le toit et la verrière arboraient désormais bon nombre de trous.
Et enfin Dravik Le Bavard rétameur de son état, avait découvert que désormais l’acier serait plus populaire que l’étain. Il avait combattu avec son marteau et son tablier de travail.
Quand à Volund, l’employeur de Jérad…La barbe roussie par une bombe draguerre, il était assis parmi le groupe, et avait posé sa carabine non loin de lui contre une solive du toit.
Il adressa un clin d'œil sarcastique à Jérad, mais très vite son visage rond reprit une expression indéchiffrable.

Edda s’assit la dernière, et scruta lentement l’assistance . La lueur du feu parait son visage mince d'ombres étranges et bien vite les murmures se turent. Enfin elle parla :
« Bien. L'assaut des draguerres a été repoussé, et nous avons un moment de paix. Nous en sommes redevables à Gurnmarsson, Volund...
«Et a son dolyak» : Interrompit Volund.
La femme retourna un regard acerbe «... Et notre courage devant un assaut préparé avec traîtrise. Mais les draguerres reviendront, ils sont tenaces. Et nous ne pourrons pas faire face à leurs nouvelles forces. »

Les murmures reprirent dans le groupe. Dans la pénombre on commença à parler de vaillance. Hilda commença « Des renforts viendront… »

Jérad leva la main. “Un instant...Que s’est il passé ici et comment les draguerres sont ils arrivés?
-Ouais “reprit Volund. “Et qu’est il arrivé à mon affaire avec Daggulf?”
Hilda la tenancière se tourna vers Volund : ”Daggulf...le brasseur? Il est parti il y a deux nuits de ça, en laissant son dolyak ici.
-Attendez” reprit Volund désemparé. « Vous voulez dire qu’il a abandonné son dolyak? »
Un mauvais rictus tordit les lèvres de la femme : “Ou que son dolyak l’a abandonné. En tous cas il n’y a pas eu de violence inhabituelle. Au soir on l’entendait maudire les minotaures; et comme prévu, un troupeau de minotaures en folie a déboulé en pleine forêt. Mais au matin il n’y avait qu’un dolyak abandonné près de la loge.

-Ah? Et combien tu le vends, le dolyak?”
Hilda la tenancière eut un regard amer. “Il n’est plus à vendre. Les draguerres en ont fait un tas de viande froide. On aura de la chance si on arrive à faire de bonnes tranches de viande.”
Jérad jeta un regard aux alentours, et entraperçut le mobilier dévasté, et les trous béants dans le toit. “Je regrette..Mais on dirait que tu as plus urgent à faire qu’à préparer un dolyak mort.”
Hilda rougit furieusement: “Il faut faire payer aux draguerres leur attaque! Briser le cou de ce maudit Veleslav. »

Edda la regarda fixement: “Avec quels guerriers? Celà fait quinze jours que des tempêtes de neige balayent les contreforts, et ceux qui ne sont pas réfugiés défendent leur loge et leur famille les armes à la main.
-Donc vous êtes livrés à vous-mêmes. Et ta loge est en ruine » interrompit Jérad.
Quelque part dans la loge quelqu’un poussa un gémissement de douleur.
Un instant tout le monde se tut. Edda finit par chuchoter : « Hilda, écoute je t’en prie : avec du temps et des efforts on peut reconstruire une loge. C’est du bois et de la pierre. Mais regarde tous ceux qui sont étendus autour de toi. Ils font aussi partie de ta loge. Si tu les perds tu ne les retrouveras pas. »
La femme hocha la tête ; « Et abandonner la loge de mes ancêtres...
-Tu la rebâtiras ! Et avec l’aide de tous ceux que tu auras sauvés cette nuit. »

Hilda retourna un regard plein de dureté. « J’espère que ceux qui y penseront se souviendront de moi auissi. » Elle baissa la tête. « Alors si nous ne pouvons pas rester, nous partons dès que possible. » Elle se retourna vers le marchand de bière. « Volund. Je t’achète tes bières et tu nous permets d’utiliser ton dolyak. »

Ils partirent peu après l’aube. Dans un petit matin froid et maussade, Volund et Galatea rassemblèrent les éclopés, les enfants et leurs mères. Pendant ce temps Jérad et les deux cousins Bearclav assemblaient rapidement un travois grossier. Le temps de l’attacher au dolyak et d’y installer deux blessés, un premier groupe était prêt à partir.
Au dernier moment un des cousins Bearclav, Sigmund, prit sa hache à deux mains et se proposa pour l’escorte. Et ils partirent. Personne, pas même les enfants n’avait mangé.

Hilda regarda leur départ dans la brume avec un sourire amer. Son regard anxieux n’échappa pas à Jérad. Il secoua la tête «Hilda, la destinée n’est jamais droite :seul le combat peut garantir la paix. Mais au moins tu sais que tous ceux qui sont partis ne seront pas victimes des draguerres. » Il haussa les épaules « Allons préparer le deuxième groupe. »

A la lumière du petit matin, la loge paraissait étrangement vide, et Jérad reconnaissait à peine l’endroit d’où il avait préparé ses expéditions contre les grawls, les jotun ou les draguerres.
A l’intérieur de la loge en ruine le feu crépitant peinait à maintenir un semblant de chaleur pour la petite de dizaine de blessés qui devaient rejoindre Hoelbrak.
Et il y en restait trois incapables de marcher. Il n’y avait pas de temps à perdre. Jérad l’autre cousin Bearclav et Hilda se mirent à fabriquer des travois avec ce qu’il restait du lit et des armoires. Ils travaillaient vite et sans y penser. Bientôt ils eurent fini. « Avec ça on pourra transporter facilement ces types. Jusqu’à Hoelbrak peut être.
-Avec le bois de cette armoire. Mon grand-père l’avait assemblée. »

Jérad vit encore le regard peiné de Hilda «Il a fait une armoire. Mais toi tu sauves trois Norns de ta famille. Un jour leurs armes viendront te secourir .

La peine fit place à un mépris dans les yeux de la femme. «Tu parles comme un guerrier d’autrefois, mais toi qu’en sais tu ? Et que cherches tu ? ».

Jérad connaissait cette question. Les grands parents, les notables, les idiots d’Hoelbrak la posaient à tous ceux qui voulaient partir, laisser tomber les aneries de la forge, de la famille, de la chasse. Cette fois c’était le tour d’une femelle un peu trop mûre qui se retrouvait sur la paille !

Brutalement il répondit : « Je cherche mes proies et mon argent. » Il se retourna et repartit voir si dehors le soleil s’était levé.
La brume se levait déjà : on pouvait distinguer la masse du transport de troupes Draguerre abandonné. Mais le soleil n’avait pas encore percé. C’était tant mieux d’ailleurs : la marche vers la Porte du Seigneur des Neiges serait plus facile à la fraîche que sous la chaleur.

Il était encore plongé dans ses réflexes que le grognement d’un dolyak brisa le silence pesant. Etonnés Les occupants de la loge ressortirent : un peu plus haut sur le chemin, un cortège de Norns menait trois dolyak vers eux.
« Hé !!! » Jérad leva le bras. Les autres en face répondirent à son salut avant de descendre d’un pas rapide.
Derrière Jérad une voix retentit « Ah, ils arrivent enfin » : Edda s’avançait vers les nouveaux arrivants. Ces derniers s’inclinèrent profondément le casque à la main. « Honneur à toi, Servante du Corbeau ! Nous avons entendu l’appel ».

L’arrivée de ces aides, permit de remplir rapiquement trois caisses avec les effets de Hilda, ainsi qu’une demi douzaine de carabines draguerres, ramassées aux alentours.
Entre temps, Jérad et le bouvier d’un des Dolyaks attachaient le travois des blessés.
Bientôt tous ceux qui pouvaient marcher avaient leur sac et leur bâton. Le temps de donner un coup de pied dans le feu, de ramasser le sac, et Jérad put apercevoir Hilda toute droite au milieu de ce qui avait été sa loge.
Il haussa les épaules avant de sortir.

Il valait mieux reprendre la route. Il était encore en train d’attacher son espadon que quelqu’un s’approcha. « Il faut parfois être patient Gurnmarsson ». Jérad leva le regard. Edda le contemplait, un sourire étrange sur le visage : sous le soleil, la ruine de son maquillage était évidente. « Certains d’entre nous ont du mal à accepter la nécessité du choix. »
Jérad acquiesça sèchement avant de contempler la route qui montait à travers la forêt de Boréalis. On n’entendait pas un minotaure mugir.

Enfin on se mit en route. A part les blessés tout le monde était à pied. « Alors Gurnmarsson on reprend la route ? ». Jérad se retourna pour affronter le sourire méprisant de Hilda. « Qu’en sais tu ? ». Hilda haussa les épaules.
« Pour moi cette histoire a fini ma vie dans les Contreforts. Je vais devoir vivre à Hoelbrak. Mais pour toi… » Elle désigna le dolyak juste devant « Je crois que tu as une carrière toute tracée à escorter ces animaux. »
En entendant ces mots, Jérad s’arrêta net. Il toisa Hilda avant de désigner la ruine en contrebas.
« Je vis en chassant et en infligeant des punitions telles que ce que vous avez connu hier soir. Mais si tu veux je peux aussi partir rechercher ce que tu n’as pas su mettre à l’abri des pillards. Après tout les richesses que tu as entassées dans les caisses disparaîtront bien vite. »

A ce moment il se rendit compte de l’amertume qui résonnait dans sa voix.

Ignorant l’expression qui blemissait le visage de la notable , Jérad reprit à grands pas la route vers la porte du seigneur des neiges.
Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre Wilhem Bearclav à l’avant du cortège. Celui-ci discutait tranquillement avec le bouvier des dolyaks. « Et donc nous avons tenu le coup. De justesse d’ailleurs ». Le guerrier roux tourna la tête vers Jérad. « Jérad en sait quelque chose, il était dans la mêlée avec Edda ».

Le bouvier retourna un regard de respect au nouveau venu « Tu t’es battu aux côtés d’Edda. Et moi qui croyait que tu n’étais qu’un type qui passait ! ». Pour la première fois de la journée, Jérad sourit : « En fait j’étais un type de passage. J’escortais une caravane, qui passait par là, et quand nous avons vu la bataille… » Il haussa les épaules « J’ai foncé. Au fait, qu’est ce que c’est que cet appel ? »

Le bouvier retourna un regard amusé. « Tu ne sais pas ? Un corbeau s’est posé avec un message d’Edda. Nous l’avons lu et nous arrivons. C’est tout.
-Elle est donc fameuse ?
-C’est une Chamane, mais c’est une des guerrières du coin, l’homme ! »

A part un « Ah » Jérad ne put rien dire. A force de chercher l’aventure au loin il méconnaissait les célébrités des contreforts. Il valait mieux faire attention.
Il ne fallut qu’une heure pour parvenir à l’assemblée des héros, l’endroit d’où un peu moins d’un an auparavant il avait commencé ses aventures. Les femmes et les enfants du premier cortège accouraient déjà.
On fit halte et bien vite des discussions animées couraient le long du cortège .


« Jérad Gurnmarsson ». L’envouteur se retourna vers Edda la Pensive. Celle-ci souriait avec assurance. « Jérad j’ai un choix pour toi. J’emmène tout le monde à Hoelbrak. Et j’aimerais que tu sois du voyage.

-Je te remercie mais… » Elle leva la main pour l’interrompre. « Reste avec nous et tu vivras avec la pauvreté, le froid et la gloire. Ou tu vas à l’Arche du Lion te faire des pièces d’argent et te payer des armes comme n’importe quel autre mercenaire Norn. »
Elle avait parlé d’un ton neutre, comme un de ces érudits du prieuré.
Amusé, Jérad jeta un coup d’œil à cette femme longiligne dépourvue d’armes de valeur.
Une Chamane qui se voulait guerrière. « Disons que moi, je suis les chemins que m’indiquent les corbeaux . »

- Cette fois ils t’apportent un autre type de défi. Voudras tu nous aider ? »

La décision fut prise en un instant, et ainsi Jérad accompagna une Chamane du Corbeau et tous ses réfugiés dans leur voyage vers Hoelbrak.

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