[GW2 Récit] La férocité inextinguible de la pénombre

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Message par Jeradon le Mar 6 Sep 2016 - 0:51

Chap 12 Le prix à payer

Alors que le soir s’annonçait une pluie fine commença à tomber sur l’île des Silencieux.
« L’Ennemi a tué beaucoup trop des nôtres » Annonça Aherne devant l’assemblée des Silencieux. Assis au premier rang Roncebrume scrutait à la dérobée les visages : Laurentius paraissait hagard, l’éloquence sereine d’Aherne contrastait avec son expression tendue, Kieran semblait exténué…Sous l’éclairage pourpre des champignons accrochés au plafond de la paillotte, il était difficile d’en voir davantage.
« Combien de gens avons-nous perdus ?
-Une trentaine au moins. L’ennemi a eu davantage de pertes, mais ils ont l’avantage des réserves. »
Roncebrume réprima un sourire amer. « Victimes » était le terme correct pour décrire les Silencieux disparus. Il n’avait jamais vu de Sylvari aussi peu habitués au combat hormis les moralisateurs du Bosquet. Et dans ce dernier cas l’Arbre Pâle les protégeait
« Les Vengeurs de Linsa ont subi beaucoup de pertes.
-Et Keelan ? »
Au regard de Kieran, Roncebrume s’avança : « Keelan est mort, tué dans un guet-apens tendu par un chef des Courtisans.
-Et tu ne l’as pas défendu ! » Cria quelqu’un dans la foule.
« J’ai fait face au tueur !» Se défendit Roncebrume.
« Je suis arrivé en plein combat. » Intervint Kieran. «C’est un miracle que Roncebrume ait pu tenir aussi longtemps.
-Et Linsa ? » Interrompit Laurentius. « Elle est morte, torturée par les Courtisans. » Interrompit précipitamment Kieran. « De toute évidence ils l’ont empoisonnée avec quelques gouttes d’Agent Bleu le poison Asura.
-Et Roncebrume, il était où ? » Interrompit quelqu’un dans la foule.
« Je faisais face à leur chef » Se justifia Roncebrume « Je ne pouvais faire deux choses à la fois.
- Menteur ! » Roncebrume se retourna. Debout dans la foule, un doigt tendu dans sa direction, se tenait Rhegan. « Tu as préféré combattre leur chef ! Tu as préféré le mettre à mort ! »
- Il avait organisé l’affaire comme une mise à mort plutôt ! J’étais censé être sa deuxième victime.
-Tu mens ! » S’étrangla Rhegan. « Tu l’as tué, dépouillé et pendant ce temps Linsa est morte. Et tu as tué pour t’emparer de cette épée ! ». Beaucoup pouvaient voir l’espadon de métal noir posé à même le sol devant la place de Roncebrume. Laurentius se tourna vers Kieran. Ce dernier répondit avec empressement : « Bien sûr que non ! Roncebrume poursuivait son agresseur et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé dans la clairière où l’on torturait Linsa ! ».
Laurentius restait indécis…Il fit signe à Aherne, se pencha en avant et commença à murmurer. Roncebrume n’attendit pas : prestement il revint à sa place, s’empara de l’épée, fit deux pas en arrière et abattit sa lame à sol. Le silence régna sur la foule. « C’était un combat à mort. J’étais la proie, j’ai triomphé du chasseur et voici le trophée que j’ai remporté. Que celui qui prenne cette épée aile donc dans la jungle avec ! Je la reprendrai sur son corps quand bien même je devrais massacrer une autre escouade !
Tous le regardaient, pétrifiés. Enfin Kieran rompit le silence : « Garde-la si tu penses pouvoir te battre avec.
-Je le pourrai.
Laurentius échangea quelques mots de plus avec Aherne. « Fort bien » déclara celui-ci « Kieran enseignera à Roncebrume l’usage de cette arme. L’affaire est close ».
En fait l’assemblée se poursuivit une heure encore avant que Laurentius ne conclue « Rhegan est un des plus fidèles parmi nous. Il a désormais la tâche de défendre notre île. » La réunion prit fin et alors que tout le monde se pressait pour le féliciter, Rhegan adressa un regard de triomphe à Roncebrume. Ce dernier préféra se retirer
Il se dirigeait vers la plage que Florianne, furieuse, l’aborda : " Tu avais besoin de jouer au héros maudit! Pourquoi tu n'as pas secouru Linsa, pourquoi tu n'as pas cédé cette fichue épée! Maintenant Laurentius a nommé cet incapable de Rhegan et ...
-Et ça valait le spectacle, interrompit la voix sarcastique de Moira. Florianne regarda tour à tour Roncebrume, Moira. Son visage se ferma. "Très bien, siffla-t-elle. " Je vous laisse à votre triomphe. En attendant Roncebrume, ne prends pas la peine de venir chez nous. Si tu es si fort tu peux te construire ta cabane." Dédaigneuse, Moira la regarda partir." Quel malheur Roncebrume...Te voilà maintenant privé de l’hospitalité des petits chefs qui prétendent nous gouverner!!!
-Oh on dirait surtout que je vais devoir récupérer mon sac et vivre sous la tente.
-Ne prends pas la peine de passer chez eux ce soir. Tu vas les ulcérer, et par la suite...J'ai une solution de rechange. Suis-moi. »
En compagnie de Roncebrume elle descendit d'un pas léger le chemin de la plage. Elle reprit goguenarde : " « Que celui qui prenne cette épée aille dans la jungle »...Tu aurais te voir : avec ton air sinistre tu leurs a glué la sève dans leurs membres…
-Sans blague?
-D’accord quelques-uns n'ont pas eu la trouille...Mais ne refais pas le numéro trop souvent. Tu aurais moins de succès après un moment...Ah nous y voici."
C'était plus grand qu'une cabane mais cela ne valait guère mieux.
Moira poussa la porte de bois tordu et conduisit Roncebrume a l'intérieur. Sous leurs pas le plancher grinçait. Moira alluma un cristal de quartz, et à la lueur blanchâtre, apparurent de vieux établis et quelques placards. " C’est l’ancien atelier. On y fabriquait les bijoux de corail et des canots de pêche. Depuis on a appris à faire pousser les abris, mais personne n'a récupéré cet endroit. Ce n'est pas grand-chose, mais cela pourrait être un abri pour les jours qui viennent en attendant que tu retrouves quelque chose. Viens, on va te trouver des vivres et un couchage. »Ils ressortirent. La pluie s’était arrêtée entre temps. Moira fit quelques pas sur le sable humide avant de se retourner « Montre moi cette épée, j’ai quelque chose à te dire. »Dans la pénombre l’espadon paraissait encore plus redoutable. Moira promena une main ourlée d’argent sur le métal noir. « C’est bien ce que je pensais.. »Elle leva son regard écarlate ver Roncebrume. « Tu connais le nom de celui qui tenait cette lame ? » A la dénégation de Roncebrume, elle reprit. « C’était Cathal. Un des meilleurs bretteurs de la Cour et un des favoris de Drellon…Avant que ce dernier ne te choisisse bien sûr. Le jour où il apprit que Drellon l’avait remplacé, il jura de te…Bah tu comprends ce que je veux dire. »
Sans attendre la dénégation de Roncebrume, elle reprit. « Cathal avait sacrifié une bonne part de sa réputation en s’affichant avec un Courtisan de seconde catégorie…Mais tous deux…Lui et Drellon étaient un couple formidable. Un jour ils massacraient trois champions du Bosquet et le lendemain ils s’enivraient au beau milieu des ruines fumantes d’un village hylek. Ils se sont même attaqués à la Guivre de la jungle et à la tête d’un groupe de sylvari du Bosquet et l’ont massacrée. Bien entendu ils se sont éclipsés avant que les idiots ne se rendent compte qu’ils avaient été bernés. Mais après ça on a eu un flot de recrues pendant deux semaines. »
Moira jeta un dernier coup d’œil à l’arme et murmura. « Voilà le courtisan que tu as tué. Et son arme fera un beau trophée dans ton logis. »
Roncebrume secoua la tête. « Je n’ai plus de logis depuis que j’ai quitté le Bosquet et je crois que je n’en aurai aucun. Quand à cette arme…Je n’en ferai pas un trophée.
-Tu veux utiliser cette épée ? Même si tu ne sais pas te battre avec ?
-Peu importe. J’apprendrai.
Moira resta silencieuse un moment. Elle finit par reprendre : « Roncebrume, tu ne cherches pas la voie la plus facile. Mais je serai prête à t’aider s’il le faut. »
En dépit des promesses de Moira les jours qui suivirent furent bien mornes. Après deux jours Yazzd fut complétement rétabli et put repartir avec son Cœur de Mousse vers Mabon. Rhegan régentait dorénavant la vie de l’île et commença à s’intéresser à Roncebrume. Il découvrit son logement avec satisfaction: « La canaille accepte toujours l’infamie. »
Il ordonna également que Roncebrume aille chaque jour pêcher perles et coraux précieux pour les villageois. Le travail était exténuant, mais Roncebrume s’en acquitta sans un mot. Bien entendu Rhegan mentionna l’entraînement de Roncebrume, et demanda la remise de l’espadon. Il fit savoir son mécontentement en apprenant que l’arme était désormais sous la garde de Moira, mais celle-ci ne céda pas d’un pouce. Si Rhegan voulait l’espadon, il devait en référer à Laurentius. Et dans ce cas-là elle abandonnerait son office auprès des Silencieux sans hésiter. Rhegan savait qu’il n’aurait rien à gagner. Roncebrume fut simplement forcé de ramener davantage de perles que tous les autres.
Les jours puis les semaines s’écoulèrent. Sur la plage certains recommencèrent à parler à Roncebrume. Florianne vint le voir et s’enquit de son bien-être. Il n’en avait cure et passait son temps entre les hauts fonds et la plage, drainant la vie des poissons qui s’approchaient un peu trop près.
Un après-midi Aherne vint le chercher. « La punition a assez duré Roncebrume. Tu peux désormais exercer ton métier. » Roncebrume redevint mitron et, perplexe reprit son poste d’aide auprès d’Aherne. Une visite de Kieran lui fournit les causes de ce changement : « Roncebrume…Laurentius serait prêt à te rendre le rang que tu mérites parmi nous, si tu reconnaissais tes fautes. Qu’en penses-tu ? » Roncebrume tendit le bras vers une corbeille remplie de poissons morts. « Sans rancune, ma réponse surgirait de ce panier ». Kieran regarda le panier puant et s’en fut.
Aherne avait entendu l’échange de propos et désapprouva : « Tu n’en feras donc qu’à ta tête !? Nous avons encore besoin d’envoyer une caravane à Mabon, et toi au lieu de servir le village, tu défends ta fierté. C’est bon, cuisinier tu resteras ! »
Et ainsi, deux jours plus tard Roncebrume dut assister au départ d’un cortège de porte-faix Silencieux dirigés par Aherne et Kieran. Si Laurentius ne parut pas le remarquer, le regard que lui décocha Rhegan valait tous les avertissements au monde, et une heure plus tard, il revint régler ses comptes, en compagnie de deux comparses armés. Roncebrume était seul, torse nu, en train de préparer une sauce tropicale. Ils arrivèrent dans son dos. « Alors, le cuisinier a des envies d’indépendance. » ricana l’un. « Il croit que la fierté ne coûte rien ! »reprit l’autre.
« C’est ce que vous pouvez faire de mieux ? A l’Arche du Lion les dockers étaient plus terrifiants que vous deux. » Roncebrume s’était à peine retourné qu’il se figea sous le regard haineux de Rhegan. Ce dernier était malingre, plus petit que Roncebrume et blanchi par le soleil, mais dague au poing, il n’en restait pas moins inquiétant. « Toi…Toi tu viens du bosquet avec tes armes de cristal, et tu marches parmi nous comme si tu t’ennuyais ! Quand quelqu’un ne te plaît pas tu la laisses crever ! On n’a jamais été assez bon avec toi petite crevure ? Tu ne veux plus pêcher de crabes ? C’est dommage…On manque de cadavres de hyleks. » Il approcha son poignard du cou de Roncebrume. « Un mot de moi et tu n’es qu’un cadavre dans la baie. » Roncebrume regarda le poignard et murmura une incantation ; surgie de nulle part, une ombre se condensa dans l’air surchauffé. Lees deux porteurs d’épée reculèrent en désordre. « Un mot de ma part et celui-ci se jette à l’assaut ». Rhegan le regarda d’un air sinistre : « Joue au malin si tu veux. Mais tu ne gagneras rien si tu refuses d’obéir. Et ton amie Moira n’est pas aussi protégée qu’elle voudrait le croire . Bonne journée. »
Il décampa en compagnie de ses deux idiots et ce fut tout.
L'après-midi se poursuivait dans une chaleur implacable quand, à la tête d'un petit cortège Florianne vint le retrouver. "Roncebrume, viens avec nous." Il préparait une réponse sarcastique quand il vit son regard inquiet. "Je t'en prie". Sans un mot il courut s’équiper. Quand il revint, Rhegan, pistolet à la hanche, fusil à l'épaule était là aussi avec quatre ou cinq types embarrassés avec leurs tuniques verdâtres et leurs arcs courts. Il fallait le reconnaître: même dans l'urgence, la suffisance de Rhegan avait quelque chose de comique. Ignorant tout le monde, ce dernier rejoignit Florianne à la tête du cortège : "Tout le monde est là? En avant!!"
La colonne s’ébranla au pas, sous le regard agacé de Roncebrume. Quand enfin il se résolut à les rejoindre, ils n’étaient pas allés plus loin que la plage et Rhegan discutait ferme avec Moira. "Moira vous êtes grotesque avec votre robe et vos gri-gris!
-Navrée chef mais je ne suis pas faite pour rester en arrière avec les petites pousses et les vieux soliveaux, et il faudra vous y faire!" Florianne posa une main sur le bras de Rhegan, dit quelque chose, et Moira rejoignit l’arrière garde aux côtés de Roncebrume. "La caravane n'a pas donné signe de vie" expliqua cetter dernière. Elle prévint la question de Roncebrume "Ils avaient des pigeons pour envoyer des messages. Rien n'est arrivé. D'où l’agitation organisée par Florianne.
-Elle n'aura pas servi à grand-chose. Regarde un peu ce cortège de soldats de pacotille!"
-C'est pour cela que tu dois me suivre reprit-elle "Rhegan n'a aucune idée de ce qui nous attends. Moi par contre je préfère le savoir avant tous les autres. Suis-moi! " Sans plus attendre elle passa sous le Linceul et se lança dans une course folle vers la forêt. Roncebrume se résolut à la suivre. Quand il sortit du Linceul, elle était immobile dans le sous-bois et le crâne attaché à son bâton bourdonnait étrangement. " Je n'aime pas ça. » murmura t’elle. «Il n’y a pas assez de vie par ici». Elle s'avança précautionneusement dans le sous-bois. Loin derrière on entendait le pas cadencé du cortège. Dans la pénombre moite, Roncebrume commença à se rendre compte qu’un calme étrange régnait. Il ne fallut pas longtemps pour rencontrer le premier cadavre. Il gisait adossé à un figuier, épée au côté. Une étrange pulvérulence recouvrait son visage. Roncebrume s’approcha. « Je n’ai jamais vu de poison agir de la sorte.
-C’est parce que tu n’as pas rencontré de gens qui ajoutent des spores suractivés à une solution extrêmement fluide. C’est particulièrement efficace contre des sylvari.
-Ca vient de la Cour ?
-Peut-être mais ce ne sont pas eux qui le distillent. Maintenant silence ! ». Ils reprirent leur progression dans le sous-bois. Les traces étaient maintenant plus faciles à suivre. Ils rencontrèrent encore quelques morts, couverts de cette moisissure mortelle.
Un peu plus loin la scène d’un massacre les attendait
Gisant dans les herbes avec deux méchantes entailles, le cadavre d’un Courtisan les accueillit avec une face figée dans un cri. Les bouts du second étaient éparpillé près d’une arbrisseau déchiqueté..." Une bombe a tué les courtisans..." Murmura Roncebrume. « Plus tard. Viens voir par ici". Non loin de là se trouvait le cadavre racorni d'un Hylek. Une sarbacane gisait au sol non loin de sa main desséchée. " Flêcheur de la tribu Amani, poursuivit Moira. " Voilà d’où vient le poison.
-Voilà le résultat des pêches de crabes au cadavre de Hylek. On dirait qu’ils ont rejoint le camp des courtisans. "
Moira fit glisser un Sceau de Locuste le long de son collier. « Nous sommes tout prêts de la bataille ». Et bientôt ils parvinrent à une clairière. Parmi les arbustes arrachés se trouvait la masse pourpre d’un Cœur de mousse énorme, figé dans une ultime convulsion. Tout autour gisaient les cadavres d’une douzaine de courtisans et d’une dizaine de silencieux la bagarre avait été féroce, et les deux tiers de la caravane y était restée. Moira dressa une main devant Roncebrume: au sol se trouvait la graine ensanglantée d’un Mortier Floral. " Il y en a d’autres derrière la chose au sol" murmura Moira en désignant le Cœur de mousse. "On contourne, toi par la droite et moi par la gauche. Détruis autant de fleurs que tu peux. Bonne chance."
Hache en main Roncebrume progressa lentement autour de la clairière. Il les vit: quatre fleurs géantes palpitantes sur le sol. L’instant d’après ses pieds se dérobèrent sous lui et il entendit le cliquetis caractéristique d'une tourelle à bombes. Il roula au sol alors que le son horrifiant d’un cor retentissait dans le sous-bois. "Halte au feu! ". Aherne surgit avec une demi-douzaine de Silencieux armés de fusils. "Voilà les renforts » grinça-t’ il alors que Roncebrume se remettait sur pied. "'Ils arrivent" expliqua Roncebrume. « Que s’est-il passé?
-Ils nous sont tombés dessus avec ce Cœur de Mousse corrompu, et ils nous ont pourchassés sur une demi-lieue. Ils auraient pu nous massacrer mais Kieran leur a infligé trop de pertes pour ça.
-Où est-il?
-Un peu plus loin. Viens donc ça fait un moment qu’il te réclame ». Il leur fallut marcher un bon moment avant de parvenir à une autre clairière. Au sol, entouré d’une demi-douzaine de Silencieux gisait Kieran. D’accord, non loin de là il y avait bien une quinzaine de cadavres de courtisans empilés, mais Kieran avait payé le prix fort. Roncebrume s’agenouilla à ses côtés et considéra la longue déchirure qui courait le long de son flanc. Kieran leva une main noircie " Roncebrume...Enfin...On dirait que j'ai cessé d'avoir de la chance dans les combats pas vrai?" Roncebrume aurait voulu parler mais les mots ne venaient pas. "Roncebrume...Je t'ai connu depuis nos aventures aux côtés du Baron, et tu es un compagnon fidèle, un vrai...Pas comme les gens du Bosquet..." Un bref moment sa bouche se tordit dans une grimace de douleur. Enfin il reprit." Je suis fichu, mais Florianne...Florianne...Elle n'avait pas besoin de ça...Je lui avais promis mieux que ça. Elle m’a suivi, a abandonné une vie de rires et de douceur pour vivre comme crève-la-faim sur une ile pourrie." Il prit la main de Roncebrume. "Protège-la, elle est si jeune, si innocente...c'est une vraie fille d'Aife tu sais...Jure moi que tu la protégeras!!!"
Roncebrume aurait voulu protester dire que c'étaient des bêtises, que Florianne était forte...il ne put que prendre la main et jurer. Quand plus tard, Rhegan et les autres arrivèrent Kieran était déjà mort

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Re: [GW2 Récit] La férocité inextinguible de la pénombre

Message par Jeradon le Ven 7 Oct 2016 - 0:37

L'Exode

Le retour au village ne fut qu’une marche lugubre menée par une Florianne drapée dans sa douleur. Bien sûr elle avait crié en voyant Kieran au sol, et elle s’était effondrée en larmes sur son corps. Elle avait aussi hurlé ses accusations à Rhegan, à Roncebrume, et plus tard à Laurentius. C’était normal après tout. Elle était retournée en silence à l’île, alors que les couleurs de son visage se fanaient lentement. A la regarder,  la nostalgie s’empara de Roncebrume : il y avait bien longtemps il avait ainsi ramené au Bosquet le corps de celle qu’il aimait. En revanche il y avait quelque chose de plus intense entre le mort et Florianne.  C’est ce qu’il comprit quand elle lui expliqua plus tard entre deux hoquets : « Un beau matin je l’ai rencontré alors qu’il tenait la main de ma sœur, mais le soir venu c’était moi qu’il tenait dans ses bras. »
C’est peut-être cette passion qui l’animait ce matin-ci devant le Conseil des Silencieux venus prêter serment devant la dépouille de Kieran. Un souffle enfiévré portait les mots de Florianne : Kieran, un des plus fidèles défenseurs de l’île était mort. Et personne ne pourrait reprendre sa tâche. Et que restait-il aux Silencieux sinon une île qui deviendrait leur prison ?
On tenta de la raisonner. Après tout l’île était le seul havre de paix au beau milieu de la guerre entre Rêve et Cauchemar. Mais elle ne voulait rien savoir : non les Silencieux ne vivaient pas dans un havre de paix mais un champ de bataille. Les dirigeants ignoraient-ils les espions du Bosquet qui opéraient parmi eux ? Où la réfugiée venue de la Cour ?
On raconta que ce matin-ci elle leur révéla à quel point la misère guettait les Silencieux. Les ventes au marché étaient de moins en moins importantes. Il n’y aurait plus d’armes et de provisions pour repousser les Courtisans.
Une chose était sûre : si elle s’était tue, il n’y aurait pas eu de réunion de tous les villageois pour un vote à main levée. Un vote durant lequel les sbires de Rhegan passèrent le long des rangs. Un vote pour lequel il s’agissait de savoir si les Silencieux quitteraient l’île. Roncebrume vota en faveur bien entendu. En revanche il ne s’attendait pas à un vote favorable de la part des autres. Et pourtant un rang après l’autre, les mains se levèrent en faveur du départ.
Après un moment  toutefois les choses devinrent plus compliquées. On avoua à Roncebrume que Rhegan avait recruté quelques Silencieux pour « dissiper les doutes » de ceux qui voulaient rester. Comment pouvait-on être si enthousiasmé à l’idée de tout quitter ?
A cela Moira répondit : « Florianne a fait plus que parler. Ce jour-là elle a convaincu le conseil sans exception. Et désormais Laurentius a décrété notre exode. »
A cela Roncebrume ne pouvait que faire la grimace. Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’après tout la ruine de l’île n’arriverait pas avant longtemps, et beaucoup avaient rejoint l’île pour trouver la paix. Ils n’étaient pas volontaires pour partir en exil vers les Terres Sauvages de Brisban. Car telle était la terre choisie pour abriter les Silencieux désormais.
Mais rien ne semblait arrêter la détermination des Anciens. Florianne était partout, exhortant la masse, tançant les moins décidés. On réunit les semences des plantabris. On démonta les machines des ateliers et on empaqueta les outils. Et surtout on commença à réunir vivres et provisions pour un long trajet.
Du jour au lendemain Roncebrume se découvrit à la tête d’un groupe de sylvari à pêcher saler et sécher assez de poisson pour nourrir un village. La tâche n’était pas facile et il lui fallait expliquer comment découper le poisson, comment préparer la saumure, quand étendre le poisson sur la claie, et surtout comment éviter les nuées d’insectes.
Un jour que les Silencieux en étaient venus à allumer un feu pour se débarrasser des insectes Florianne survint houspillant les mitrons qui ne savaient pas fumer convenablement la nourriture. Alerté par le bruit Roncebrume revint pour voir la magicienne,  visage émacié entouré de pétales en désordre, crier que c’était complètement lamentable.  Elle ne se calma qu’à l’arrivée de Roncebrume : comment se faisait-il qu’une caisse de poisson séchée soit complètement faisandée ? Ne connaissaient-ils pas leur métier ? Etaient-ils incapables de remplir leur rôle pour le voyage vers Brisban ?
A cela Roncebrume donna deux réponses : non tous les silencieux qui l’aidaient n’étaient pas experts dans cette tâche. Et tous n’étaient pas franchement ravis à l’idée de suer leur eau à préparer un voyage dont ils ne voulaient pas. Il eut droit à un regard figé, et une heure plus tard à la visite d’Aherne. Ce dernier ne passait plus que quelques rares heures à la cuisine et passait son temps dans un enclos au Nord de l’île où l’on assemblait de  mystérieux paquetages enveloppés dans des couvertures de feuilles épaisses. Il vint pourtant,  le visage fermé, l’élocution froide. Roncebrume savait-il ce qu’il voulait ? Bien sûr qu’il le savait, et il était d’accord pour partir…Mais il ne voulait pas qu’on donne aux gens l’ordre de s’exiler. Aherne avait haussé les épaules : Roncebrume était inconséquent, parlait au nom des autres alors qu’il n’en savait rien, et qu’il prétendait donner son opinion quand il gâchait la vie dans la communauté. On partirait c’était tout, et il fallait travailler efficacement. Il partait quand il lâcha « Et pour le poisson il vaut mieux l’envelopper dans des feuilles de banyan pourpre ».
Et étrangement Roncebrume sut que le départ était  inéluctable.
« Attends encore un peu Roncebrume. » Le nécromancien posa son paquetage et se retourna : Drapée dans ses robes longues, à l’orée de la jungle, Moira contemplait l’île ornée de ses plantabris. Il secoua la tête « Nous sommes déjà à la traîne. Cesse de faire vivre le passé ». Elle soupira : « Facile à dire. Une cinquantaine des nôtres a refusé de partir. Ils ne veulent pas savoir que notre départ les condamne.
-Ils peuvent toujours nous rejoindre
- Non Roncebrume, ils ont donné trop d’eux-mêmes à cette île.
-Et toi qu’y as-tu laissé ?
-Mes illusions » Moira reprit plus doucement. « Et toi Roncebrume qu’y as-tu abandonné ? »
Ce dernier haussa les épaules. « Ma fierté. Après tout j’ai été plus larbin qu’autre chose sur cette île. Peu importe d’ailleurs le voyage devrait être assez épouvantable pour remettre les jugements aux orties. »
Moira leva un regard acerbe à Roncebrume. « Bien sûr. Ah j’ai aussi perdu une sœur là-bas. » Elle rabattit son capuchon avant de reprendre  d’un ton sec : « Marchons donc si nous ne parvenons à nous recueillir. » Et la rancœur imprégnait chacun de ses mots.

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Re: [GW2 Récit] La férocité inextinguible de la pénombre

Message par Jeradon le Jeu 29 Déc 2016 - 1:00

Le cortège

Yazzd était une figure réputée du Marché de Mabon. Après quinze ans passés à prospecter et marchander,  il avait fini par maîtriser l’art du négoce avec les Sylvari. C’était dire. Parce qu’après tout, sans poils, sans plume, et sans peau ces créatures étaient exagérément bizarres. Plus que certaines choses que  Yazzd avait vues comme des Asura menaçants et accompagnés de Golem non homologués qui lui demandaient de convoyer des équipements bizarres dans des coins dingues, par exemple. Il avait eu aussi les nobles humains suffisants qui lui demandaient de charrier tout l’équipement de leur suite durant leur partie de chasse â la Guivre de la  jungle. Il y avait eu aussi ce mortier à obus défoliant à convoyer pour ce bataillon de Charr "secret défense". Mais il jamais participé à une migration de Sylvari.

Aussi quelle ne fut pas sa surprise quand il vit surgir de la jungle un interminable cortège de Silencieux. Yazzd avait passé assez d’années dans ce coin de Maguuma pour ne pas remarquer que la plupart d’entre eux avaient une tête d’enterrement. Et à leur tête venaient un groupe de clients suffisamment familiers pour qu’ils viennent le voir. Il y avait un sylvari blanchi et dégingandé, escorté par deux ou trois types qu’il avait déjà vus. La magicienne par exemple qui portait une robe jaune délavé. Il n’était plus temps de détailler toutefois, déjà on l’interpellait. Et alors que les questions et les hypothèses se pressaient dans sa tête Yazzd trouvait le temps de répondre aux questions. Oui lui et son cœur de mousse étaient libres. Non à priori il pouvait les amener jusqu’à Métrica  s’il le fallait. « Cela suffira-t-il ? »  Des gemmes rouges vertes jaunes et bleues se trouvaient dans une bourse plutôt replète. En dépit de sa stupéfaction, Yazzd leva un regard blasé vers l’ahuri de bois blanc qui le contemplait. « Ce devrait aller. Vous pensez aller où ?
-A la pelouse du Marchand.
-Pas de problème mais… »Yazzd désigna les paquetages de la foule. « Je ne peux porter que trois tonnes.
-Cela suffira pour l’instant. »

Il n’y avait plus qu’à tout charger et une petite heure plus tard, la colonne repartait. Du haut de son Cœur de Mousse Yazzd se surprit à scruter les voyageurs. Nul chant, nulle exhortation ne résonnait dans la foule. Un désespoir muet accompagnait ces créatures. À l’ombre des arbres de la canopée ils avançaient lentement, encadrés par des gardes fusil en main. Parfois résonnaient les ordres stridents de la magicienne. Quant au chef…Yazzd le voyait avancer d’un pas lent, escorté par deux sylvari. Quant aux autres…Son regard s’arrêta sur un sylvari à peau noirâtre, accompagné par une nécromancienne parée de colifichets et de crânes attachés à un bâton de bois terne. Mais bientôt il fallut garder l’œil sur le sentier, et le reste de l’après-midi ne fut qu’une lente marche dans l’air raréfié d’une forêt tropicale. La soirée s’annonçait quand ils émergèrent de la forêt. Le ciel se couvrait de nuages cramoisis et au sommet de la colline se trouvait l’abri de Zeppta une chercheuse de Synergétiques, corrosive comme pas deux.

Étrangement on avait entassé une douzaine de caisses à proximité. À l’arrivée du cortège la maîtresse des lieux sortit comme une furie : « Dégagez, vous autres ! On n’est pas une aire de  délestage ici !... » Elle s’arrêta à la vue de ceux qui composaient le cortège.
Yazzd mit sa monture à l’arrêt et descendit :
"Et bien le bonsoir Zeppta! Mes clients et moi faisons halte pour une heure ou deux par ici. Mais..." reprit-il après avoir considéré les caisses" on pourrait peut-être t'aider à les transporter.
-Je te remercie. "Zeppta était sèche dans ses réponses. " Mais j'ai déjà de l'aide." Le pas lourd d'un golem retentit. "Xavv me fournit ses services."  Dans le dos de Yazzd une voix haut perchée reprit "des professionnels pour des professionnels!" Et à ce moment-là Yazzd comprit qu'il n'avait pas le choix: il devait se retourner pour faire face à son mentor.

"Yazzd! Mon cher petit protégé!" Le visage ridé  de Xavv arborait un sourire tout en incisives. " Je vois que tu as trouvé un petit négoce respectable, en dépit de tes échecs! Depuis combien de temps fais-tu affaire ici?
-De...depuis quinze ans" balbutia Yazzd.  "Quinze ans! C'est remarquable. " Yazzd reconnut le ton cordial annonçant de mauvaises nouvelles.  Xavv avisa la monture de Yazzd. "Tu as même trouvé un moyen de contrôler un Cœur de Mousse. Est-ce un procédé breveté?"
Yazzd en resta bouche bée.
« Je vois que tu n'avais pas pensé à tout. En attendant je crois que tes clients s'impatientent. Nous parlerons plus tard. »

Et effectivement les  chefs Silencieux le hélaient. Il fallut leur expliquer: oui on pouvait faire une courte halte, et non on ne pourrait pas rester plus d'une heure. C'était une durée bien trop longue avec quelqu'un comme Xavv dans les parages, mais on ne pouvait pas non plus forcer les plus faibles à reprendre une marche éreintante. Du moins c'était ce que la magicienne Silencieuse disait.  Yazzd acquiesça et s’en fut bichonner son Cœur de Mousse. Il en était à la crème revitalisante qu'une voix juvénile l'interrompait. "Ce sont donc d'autres négociants Asura?"
Yazzd reconnut le Silencieux à sa chevelure en désordre, et la peau noire marquée des volutes dorées de la luminescence. Il ne pouvait se rappeler son nom toutefois. "Oui c'est un Asura respectable."  Il aurait voulu ajouter que c'était la pire crapule d'ici à Rata Sum. Mais il n'y pourrait rien. Le juvénile reprenait: "Ah c'est parfait alors. Notre chef est parti négocier avec lui. Nous aurions bien besoins de ses golems." Yazzd resta impassible: "il est parti le voir? Sous sa tente?"

C'est avec un frisson qu'il parvint à la tente de Xavv. Comme prévu, son vieux maître avait miné les alentours de la tente, et des tourelles ainsi que des fusiliers Asura gardaient le périmètre l'arme en main. On l'arrêta, un sbire vint l’annoncer, il y eut quelques bribes de conversation. Et enfin on lui permit d'entrer. Étrangement Xavv parut heureux de le voir: "Entrez donc Yazzd, j'expliquais l'organisation de nos services à Laurentius!" Qui avait l'air d'ailleurs d'être plutôt lugubre. "Vous ne connaissez donc absolument pas la route des Terres Sauvages?
Malheureusement non. Nous venons de Métrica voyez-vous, et nous suivons les routes principales." Yazzd se retint de secouer la tête. Cette affirmation avait tout du mensonge éhonté. Il ne voyait pas comment un négociant venu de Métrica ne pourrait pousser jusqu'aux Terres Sauvages. " Nos golems pourront porter vingt tonnes de vos provisions mais nous ne pouvons les diriger sur des routes inconnues. En revanche Yazzd connaît bien le chemin n'est-ce pas?" Yazzd commençait à comprendre. Il haussa les épaules: "c’est pour cela que l’on fait appel à mes services.
-Dans ce cas, si Yazzd est d'accord pour nous guider nous n'aurions aucun problème à transporter vos biens. Il va de soi qu'une commission pour ses services devra être payée. Mais cela devrait être négligeable au vu des frais qu'une telle expédition pourrait vous coûter. "
Laurentius retourna un regard interrogateur à Yazzd. Ce dernier resta de marbre. “Bien entendu quelques partenaires pour le transport ne seraient pas malvenus. Si vous voulez venir Xavv vous êtes bienvenu. Mais c'est de vous que j'attends une commission. Je n'ai pas l'habitude de faire payer à un client les bénéfices réalisés par une tierce partie." Laurentius tous eut un faible sourire et partit annoncer la bonne nouvelle à ses disciples. Resté seul avec Yazzd, Xavv fut moins avenant.

« Yazzd…Je pense que vous oubliez votre position… » Ce dernier reconnut le début d’une réprimande. Vous pouvez penser qu’a Rata Sum, on a oublié vos ratages, mais si je n’avais pas été là, vous seriez en train de comparaitre devant un tribunal pour meurtre.
-Je n’ai pas commis de meurtre. » Protesta Yazzd la gorge sèche. "Je n’ai fait qu’exécuter un plan.
- Un plan qui a abouti à l’effondrement d’un ascenseur, tuant tous les passagers. Vous aviez fait des modifications et bien entendu votre manque de maturité a mis fin à la vie de tous ces chercheurs.
-Vous savez que cela est faux. Vous savez que tout cela n’est qu’une manipulation douteuse.
-A d’autres. Qui croirait le rejeton d’une rebelle de l’Enqueste avec un Gardien de la Paix ? Quel crédit méritez-vous Yazzd ? Un mot de moi et vous n’êtes plus rien. » Yazzd le savait bien. Et il n’avait pas moyen de réduire Xavv au silence. Muet il hocha la tête.

Xavv eut un sourire moqueur. « Voilà pourquoi vous allez dépouiller ces créatures jusqu’ à leur cœur. Ils veulent aller aux Terres Sauvages si je comprends bien.
-En passant par la Pelouse du Marchand.
-Eh bien vous les mènerez aux ruines de Ventry.
-Aux Ruines de Ventry ? Elles regorgent de …Et ils ne se laisseront pas faire."
Xavv  approuva « Les sylvari peuvent avoir des armes aussi meurtrières qu’un fusil Charr. Toute fois ces Silencieux ne sont que ce que les humains appellent « un ramassis de pauvres hères ». Certains n’ont qu’un pagne qui couvre à peine leur entrejambe.
- Ils peuvent défendre farouchement leur mode de vie primitif. Un peu plus que la plupart des  sylvari du moins. »

Xavv comme d’habitude se caressa la barbiche : Il fallait être prudent. Les abrutis de l’Enqueste s’étaient rendu compte de cela un peu trop tard. Il fallait donc un plan fiable… « Ne vous inquiétez pas. Menez vos clients ce soir même aux Ruines de Ventry, et dites leur qu’un campement humain est installé non loin de là. Mes gens se chargeront du reste." Yazzd allait partir quand Xavv le rappela. « Au fait Yazzd…Vous commencez finalement à voir grand. »

Yazzd préférait s’occuper d’affaires d’une taille raisonnable, mais ce choix lui était refusé. Il n’était plus bon qu’à mener son Cœur de Mousse en tête du cortège, et alors que les aides de Xavv lançaient les séquences d’initialisation des golems, et que les Silencieux remplissaient des containers avec leurs pauvres effets il ne pouvait que voir les silhouette minces se déplaçant à la lueur des lanternes. Au bout de quelques instants les golems furent prêts : les chefs d’équipes fermèrent les containers et un par un les golems s’emparèrent des containers. Yazzd donna le signal  du départ, et escortés par les golems, lanternes sur l’épaule,  le cortège des Silencieux prit la route qui descendait vers les Ruines de Ventry. Là-bas les attendait un amoncèlement de ruines sans âge. Quelques chercheurs Asura y vivaient aussi ainsi qu’une tribu de Skritts prompts à commettre des larcins pour tout et n’importe quoi. Les Silencieux seraient sous peu obligés de garder l’œil à leurs vêtements sous peine d’être dépouillés. Yazzd ferma les yeux. Sous lui le pas lent du Cœur de Mousse ébranlait la terre. Ce matin encore il était à la recherche de clients, et la nuit venue il était associé à son ancien mentor…

Il rouvrit soudainement les yeux : Xavv n’était pas parti avec eux.  Et ils étaient déjà bien avancés dans la jungle. La panique s’empara rapidement de Yazzd. Il jeta un regard en contrebas et fit un signe à un fusilier Silencieux « Va me chercher ton chef tout de suite !!! » L’autre lui jeta un regard ahuri avant de se frayer un chemin à travers la foule.  Bien trop tard : la première bombe s’abattit sur la foule. D’entre le couvert surgissaient des Skritts, hurlant des cris de guerre, lançant des bombes. Médusé Yazzd vit les golems de transport lâcher leurs containers et s’effondrer inertes les uns après les autres. Les fusiliers Silencieux étaient bien armés mais dispersés : quelques tirs isolés ne pouvaient ralentir la foule de Skritts se lançant au corps à coups de massue. Surpris les groupes de Silencieux ne pouvaient opposer que des fusils déchargés ou des glaives. Yazzd vit la colonne se rompre, les survivants fuyant des Skritts fous de rage. Pourtant d’entre les rangs Silencieux un cri strident s’éleva et une brume s’abattit sur les réfugiés.  

Ceux-ci se redressèrent plein d’une nouvelle énergie. Sur le flanc de la colonne une pluie gluante s’abattit sur les assaillants, pendant qu’une colonne de fusilier Silencieux ajustait la foule de skritts qui s’abattait en désordre sur les rangs. Mais cette fois ce fut une boucherie. L'assaut des Skritts se brisa contre des rangs organisés, et vague après vague les cadavres des rongeurs jonchèrent le sol. Yazzd tourna son Cœur de Mousse vers le gros du combat quand des cris de panique retentirent. Vers l’arrière une bande de Skritts s’était abattue sur le groupe de golems. Avec leur rapidité coutumière ils firent sauter le couvercle deq containerq et sans attendre s’enfuirent avec le produit de leurs larcins, poursuivis par quelques ombres et des tirs de flèches. Tout fut fini après de longs instants. Paniqué Yazzd descendit vers le chef de la colonne. « Il faut se regrouper, tout de suite, laissez derrière ce que vous ne pouvez pas porter !!!Ils vont revenir. »

Le chef leva un regard égaré « Aller où ?
-Aux ruines de Ventry, à deux pas. Il y a un camp Asura, des mines anti-skritts, des tourelles de défense !!! Dépêchez-vous ! » Les rangs des Silencieux s’ouvrirent et surgit un notable de haute taille sanglé dans une armure de cuir. « Soit, partons. Mais toi Yazzd, tu restes avec moi ! Dépêchez-vous  tout le monde ! » Le chef des Silencieux hocha la tête et murmura quelque chose…Quelques instants après la colonne se pressait en bon ordre le long de la route des Ruines. Après une demi-heure on parvint aux ruines. Les scientifiques qui œuvraient là n’eurent pas besoin d’être convaincus. Ils ouvrirent le périmètre de sûreté et tout le monde se réfugia en cercle. Enfin on put faire le compte des pertes. On avait dû abandonner les  corps d’une vingtaine de Silencieux. Une dizaine d’autres avaient succombé à leurs blessures. Le Cœur de Mousse de Yazzd était resté derrière. On ne parlait même pas des containers des Golems. De leurs opérateurs il n’y avait nulle trace. La misère guettait. Yazzd vit une magicienne Silencieuse fondre en larmes et s’abattre à genoux sur le sol boueux… « Yazzd. Viens avec nous ! » Un Silencieux émacié dans une armure trop grande pour lui, venait de surgir avec une demi-douzaine de guerriers. Sans mot dire, l’Asura se laissa emmener devant le groupe qui allait le châtier pour un crime qu’il n’avait pas commis.

Assis sur une stèle moussue, entouré d’un groupe de conseillers, le chef des Silencieux arborait un visage inexpressif. « Yazzd. Tu nous as entraînés vers un guet-apens. Nous avons enduré une bataille en règle. Beaucoup des nôtres sont morts. Tes associés ont disparu. » Il eut un sourire amer : « Quel guide fais-tu ? » Yazzd ferma les yeux avant de répondre d’une voix tremblante. « Vénérable chef Silencieux…
-Laurentius…
-Laurentius…Quel criminel suis-je si je reste sur les lieux d’un crime dont je suis accusé ? J’ai perdu mon gagne-pain, ma réputation, je suis ruiné, et mes associés m’ont trahi tout autant que vous. Cette aventure va s’ébruiter. Et désormais je suis suspecté de malhonnêteté. Je n’ai plus aucun espoir de négocier au marché de Mabon… » Quelques conseillers se penchèrent vers Laurentius, il y eut un bref conciliabule et enfin Laurentius fixa Yazzd d’un regard sans aménité. « Fort bien. Tes excuses sont valables. Toutefois quand nous repartons demain, tu restes en otage avec un groupe des nôtres. De sorte que si nous sommes encore attaqués, tu feras partie de ceux qui subiront nos représailles. »  On lui ligota les poignets, et devant les scientifiques consternés, on l’attacha à un rocher, sous la garde de trois Silencieux. Une Silencieuse enveloppée dans une robe grise le força à avaler une boisson amère et il s’endormit…

« Réveille-toi Yazzd ». Il ouvrit les yeux : c’était encore la nuit, il était allongé au sol et un Silencieux le dominait. Enfin reconnut le visage du juvénile qui lui avait parlé quelques heures auparavant. «Que, quoi, que va-t-il se passer ?
-Rien de bien sévère. Les autres sont partis il y a une heure de cela. Et moi je veux quelques réponses. Comment as-tu fait pour organiser l’attaque des Skritts ?
-Qu’est ce qui te le fait croire ?
-J’ai voyagé dans les ruines dans le passé. Et tu as vu les skritts… » Oui le petit jeune avait raison. Les Skritts n’étaient pas batailleurs, mais ce soir-là ils étaient devenus assoiffés de sang. C’était étrange.
-Je ne sais pas…Ce n’est pas moi qui ai organisé ça. On a dû les droguer mais je ne suis pas chimiste…
-Qu’es-tu donc ? Yazzd, moi et mes amis t’ont secouru. Tu aurais pu finir en descente de lit pour un frère du Cauchemar ? Pourquoi tu ne dis rien ? Tu as donc tellement honte ? »
Yazzd poussa un long soupir. « Ce n’est pas ça…Silencieux.
-Roncebrume.
-Roncebrume…Je n’ai jamais pensé vous mener à ces ruines. Xavv…Mon associé m’a forcé la main. »
-Roncebrume s’accroupit scruta Yazzd sans aucune sympathie. L’asura leva les yeux et soutint un regard hostile. Les traits de Roncebrume s’illuminèrent brièvement alors qu’il prononçait une parole étrange. « Beaucoup d’Asura trouvent des excuses foireuses, Yazzd. J’ai envoyé beaucoup des tiens dans ce que vous appelez les Brumes. Regarde autour de toi. »

Yazzd eut un regard de côté. Une ombre étrange venait de se matérialiser tout près de sa tête. La peur, la terreur, la rage le parcoururent. Il se retourna vers Roncebrume. « Ca ne sera pas la première fois que je dois payer pour les autres. Mais ce n’est pas moi qui ai accepté de faire porter mes marchandises par des golems défectueux. Ce n’est pas moi qui ai refusé de voir que le prestataire de services avait disparu…J’étais seulement l’appât, le fusible pour expier les crimes…A l’heure qu’il est Xavv est  sans doute avec ses sbires en train de préparer l’assaut sur votre colonne. »
Les traits de Roncebrume se durcirent. Il reprit. « Alors si tu veux vivre mène moi à Xavv .
-Comment ça ?
-Tu viens avec moi sans armes et tu me mènes à Xavv. Tu me mens, ton corps servira à mon golem de chair. Tu me mènes à Xavv et tu survis à l’assaut, tu es libre de vivre et de prendre le butin de ton « associé ». Le Silencieux parlait froidement, tel un tueur. Yazzd parvint à murmurer : « Quel genre de Silencieux est tu ?
-Le genre qui t’aurait massacré sans hésiter auparavant.  Mais après tout, je t’ai sauvé la mise il y a moins de trois semaines. Maintenant avance ! »

 Yazzd n’avait pas le choix : talonné par Roncebrume et deux Silencieux armés, il prit la direction de la Pelouse du Marchand. Il n’avait pas la moindre envie de mourir mais le Silencieux avait invoqué une horreur qui le cinglait de son long tentacule dès qu’il ralentissait sa course. Il parcourut le chemin qui montait vers la Pelouse du Marchand, coupant à travers buissons en dépit des toiles d’araignées et des fleurs empoisonnées au milieu de la nuit. Enfin il se retourna vers Roncebrume. « J’entends la colonne. La Pelouse n’est pas loin…Et Xavv… » Sa voix était devenue un murmure. « Est tout prêt avec la mort pour compagne. » Compléta Roncebrume. Il s’empara du bâton attaché dans son dos, et fit signe à ses deux compagnons sylvari.

Plus mort que vif, Yazzd dut leur emprunter le pas. Et bientôt ils furent tout près. Xavv avait tout prévu : Il avait des fusiliers, on entendait le bourdonnement des golems de type 7 et on voyait quelques tourelles pour mettre à mort tous ceux qui s’approchaient assez près. Il devait avoir assez de puissance de feu pour mettre la colonne en fuite, et capturer assez de butin et d’esclaves pour en tirer une somme rondelette. Terrifié, il vit Roncebrume s’approcher des Asura en embuscade. On entendait le pas trainant de la colonne de Silencieux. Ce qui suivit resta dans l’esprit de Yazzd : le son terrifiant d’un cor retentit dans le sous-bois et les créatures de Roncebrume se ruèrent à travers les buissons vers l’ennemi.  Le silencieux leva son bâton et le froid et la puanteur se répandit dans le sous-bois. On entendit la course des fusiliers et celle des golems. Sous les yeux de Yazzd la pénombre sembla se condenser autour de Roncebrume. La créature se retourna vers Yazzd. Son chuchotement retentit à travers le sous-bois « Suis-moi si tu veux vivre ! »

Yazzd courut comme il n’avait jamais couru. Derrière on entendit des cris de rage, de peur, de douleur. Il trébucha parmi les rangs des Silencieux.  Le staccato des tirs de golems retentit et Yazzd s’abattit sur le sol. Il y eut une lueur étrange et l’Asura se releva à peine brûlé. Il entendit un sifflement strident et une pluie de rocs enflammés s’abattit sur le sous-bois. Cette fois il entendit des ordres précis, des feux de salves, l’explosion de bombes, le chuintement de tourelles. Il se retourna. L’orée du bois était en train de brûler. Quelques carcasses de golems fumaient à quelque distance des rangs silencieux. On n’entendait plus les hurlements des Asuras.  

Peut-être étaient-ils regroupés en arrière. Cette fois Yazzd comprit que les Silencieux étaient non seulement prêts au combat, mais qu’ils avaient des tactiques pour combattre dans les bois. Les yeux brillant de frayeur, Yazzd se fraya un chemin à travers les rangs dispersés des silencieux quand un commandement retentit. « Tuez les Asura. Et qu’il n’en reste pas un. » Bousculant ceux qui voulaient l’arrêter, Yazzd se rua vers ce qui restait de la lisière.

Une voix de femme retentit parmi les hurlements : « Yazzd ! Nous n’en avons pas fini ! ». Éperdu, Yazzd entraperçut une silhouette se lancer à sa poursuite.  Il n’attendit pas,  ramassa un pistolet sur un corps et s’enfuit.  Dans la pénombre il trébucha sur quelque chose et s’étendit de tout son long sur le sol. C’est bien trop tard qu’il tenta de se redresser. Déjà des bras squelettiques émanaient du sol et enserraient ses chevilles d’une étreinte implacable.  Il tendait la main vers son arme qu’une douleur transperça ses entrailles.  Il n’avait jamais connu rien de tel. Il leva un regard embrumé de douleur, et eut le temps de voir une silhouette en robes, bondir sur lui.  Il entrevit des yeux rougeoyants, entendit un grondement «Finies les plaisanteries ». Une poigne le plaqua violemment contre un tronc. Le souffle coupé il vit un poignard s’abattre sur lui…Un cri retentit «NON ! Pas lui ».  Une main surgie de la pénombre arrêta le poignard.  La femme se tourna violemment vers l’intrus, Yazzd s’abattit comme une poupée de chiffons au sol; un claquement sec retentit et le poignard tomba au sol.

Hébétée la femme considérait celui qui venait de la gifler « Roncebrume, Yazzd est responsable de tout. »Une voix sourde retentit « Foutaises, Moira, il était manipulé. » Le Silencieux s’approcha lentement. Ses traits ourlés d’une lumière dorée étaient déformés par une grimace étrange « Décampe Yazzd. Sauve tes oreilles avant que d’autres ne te les coupent… » Il trébucha et c’est alors que Yazzd remarqua la main ensanglantée du sylvari. Ce dernier murmura dans un souffle « Quand on gifle un roncier il ne faut pas s’étonner si on se sent mal. » Yazzd n’attendit pas davantage. Il s’enfuit dans la nuit.


Dernière édition par Jeradon le Dim 18 Juin 2017 - 15:38, édité 4 fois

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Re: [GW2 Récit] La férocité inextinguible de la pénombre

Message par Jeradon le Dim 18 Juin 2017 - 8:51

L’irrésistible attrait de la pénombre
C’était  le soixante dix neuvième jour de la Saison du Phénix


Le scribe de Zinder

Dans la chaleur de l'après-midi, une bande de Sylvari dépenaillés avance silencieusement parmi les arbres. Les bruissements de la forêt et les cris des oiseaux masquent à peine leur progression. Au-dessus d’eux sur le versant se trouve l’avant-poste du cauchemar : Des bulbes violacés enserrés par des barrières de ronces. Et il n’y a personne en vue.
"C’est une ruse ». La voix de Roncebrume n’est qu’un murmure " Je parie qu’ils ont laissé des gardes à l'affût. Si on attaque seuls nous tombons dans l’embuscade »
Il se retourne vers Kwizzd. « Ce n’est pas difficile mais le paiement ?
-Payement de cent livres par Skritt délivré ! » couine le Skritt. Roncebrume secoue la tête « non cent dix ». Le skritt en lève les bras au ciel… « D’accord, d’accord ! ».
Il ne faut pas longtemps pour que du bois retentisse le cri de détresse d’un skritt blessé : une créature inférieure à peine digne de servir le Cauchemar. Bientôt trois chasseurs de la Cour s’approchent, à la recherche d’un nouvel esclave. Rien, ni leurs armes ni leurs loups ne peuvent les protéger contre la pénombre qui les engloutit et des mains squelettiques surgissant du sol. Les cris de ces chasseurs deviennent des hurlements d’agonie et à ces clameurs l’avant-poste se réveille : des archers se ruent hors des abris et découvrent au bas du versant le groupe de sylvari. Sur ces derniers une volée de flèches s’abat, et bientôt quelques-uns retombent sans un cri sur le sol rocailleux.
En contrebas quelqu’un lève un bâton et une lueur pourpre englobe les assaillants. Peu importe : une fusillade éclate et les archers du Cauchemar s’effondrent alors que des grenades roulent parmi les bulbes. Les explosions sèches annoncent l’arrivée du groupe d’attaque de Moira. Acculés les Courtisans reculent pied à pied.
Roncebrume et ses sylvari parviennent au sommet du versant alors même que les bulbes de l’avant-poste s’embrasent. Le succès est complet, Roncebrume range son bâton. Et la fumée âcre des bulbes brulants ramena Roncebrume à la réalité. Un sapeur sylvari  lappelait quand Moira survint en compagnie de deux autres guerriers « Il y a encore des survivants. Nettoyez-moi ça ! »  On se dispersa parmi les ronces fumantes, et bientôt on découvrit, terrés dans un recoin, un petit groupe de guerriers du Cauchemar, glaive en main. Sans détourner son regard, Moira tendit le doigt. « Les voilà les soldats invincibles de la Cour ! » Elle haussa les épaules. « Je n’ai pas de temps à perdre avec une telle engeance. Roncebrume! »
Roncebrume s’avança, murmura une formule…Et rien ne se passa. Sans plus attendre Moira tendit le bras : des volutes de brume verdâtre surgirent du sol. La panique puis la douleur convulsèrent les traits des derniers défenseurs. Sans prêter attention à leur agonie, Moira se retourna et prit Roncebrume par le bras. « N’aie crainte. Tu apprendras. » Elle jeta un dernier coup d’œil aux cadavres « Je te les laisse, j’ai à faire. » Et elle s’en fut d’un pas rapide, sceptre en main.  Roncebrume haussa la voix « Allez on ouvre les cages à ronces maintenant ! »
Il ne leur fallut pas longtemps pour trouver les prisons de ronce qui contenaient les prisonniers Skritts. Et bientôt dans des couinements de joie, les skritts saluèrent leurs libérateurs. Kwizzd se retourna vers Feodhan « Remerciements, sylvari, pour ton aide. Comme prévu le paiement s’élève à un peu plus de cinq cent cinquante livres. Tu recevras le tout demain matin. Va rejoindre les tiens, ami des Skritts tu as mérité ton repos. » Roncebrume comprit et fit un geste vers les autres ; il était temps de rejoindre le village de la Vallée de Zinder.
À l’origine ç’avait été un avant-poste contre le Cauchemar, mais au fil des années les gardiens sylvari étaient devenus les défenseurs d’une halte pour les caravanes. Et c’était là que trois semaines auparavant les Silencieux –du moins ceux qui avaient été épargnés par la folie de Laurentius – étaient parvenus au village. La faim, les privations et les attaques incessantes les avaient tous marqués, et c’était peut-être pour cela que les Sylvari de Zinder leur avaient offert l’hospitalité.
Roncebrume pensait alors qu’ils ne resteraient que quelques jours.  C’était compter sans le Cauchemar : dès le lendemain la Cour avait monté un coup de main contre le village. Durement entraînés par leur exode, les Silencieux mirent en déroute les assaillants et, impressionnés, les sylvari de Zinder décidèrent que les nouveaux venus pouvaient s’installer parmi eux. Depuis, la vie de Roncebrume oscillait entre la guerre au Cauchemar et le négoce avec les skritts.
Descendant les pentes arides vers la forêt en contrebas, la colonne rencontra des récolteurs de rosée. À la lumière déclinante ces derniers plantaient des mortiers sylvari. On se héla. « Bon crépuscule ! La chasse a été bonne ?
-On a éliminé un avant-poste du Cauchemar, et il y aura du butin skritt..
-Pas mal ! Au fait le chef Silencieux vous attend à la lisière. » Roncebrume fit la grimace : Aherne avait établi un ordre définissable par le mot Krytien de « discipline ». Et depuis, les inspections surprises, et les ordres sans réplique étaient devenus monnaie courante. Pour Roncebrume ce qui était bon pour des guerriers humains recouvert de métal ne l’était pas pour des combattants Silencieux. Bien entendu Aherne n’en avait cure. Et quiconque objectait était affecté à une tâche aussi déplaisante que nettoyer un repaire d’araignées de la jungle.
Parmi la troupe, chacun ajusta donc ses armes avant de passer la lisière de la forêt.
Sous les frondaisons recouvertes par le filet de rosée, la pénombre régnait déjà. Dans l’allée principale entre deux grandes plantabris se tenaient Carandyl, le chef du village , en compagnie d’Aherne. Ce dernier, porteur d’une armure de cuir fatigué toisait la troupe. Enfin il hocha la tête. Carandyl haussa la voix : «Roncebrume, Levallyn et Dell. Au rapport. Les autres peuvent disposer ! » Roncebrume étouffa un soupir alors même que Carandyl les toisait du regard. À ce que l’on disait il avait été un des dix fondateurs du village. Au cours des ans il avait délaissé les exercices guerriers pour la couronne de rameaux, mais maintenait une présence vigilante parmi les sylvari. « Roncebrume et Levallyn ? » Ces derniers échangèrent un regard. Roncebrume commença : « L’opération a été un succès. Nous avons attaqué sur deux fronts : les soldats de la Cour n’ont pas su réagir, nous avons emporté la position. Aherne hocha la tête : « Dell ?
-Je confirme : Roncebrume et la nécromancienne ont dirigé leur assaut de main de maître.
-La nécromancienne ? ». « Moira » Intervint Roncebrume. “Elle a du rentrer il y a peu. » Aherne adressa un regard à Carandyl, et bientôt tout le monde se dispersa. Aherne par contre fit venir Roncebrume d’un geste. « La nécromancienne ?
-Moira nous permet d’organiser les embuscades. Elle sait y faire.
-Tu sais que je n’aime pas les irréguliers. Soit elle reste avec le groupe. Soit elle se sépare. » Il interrompit Roncebrume « Je sais que vous êtes très liés tous les deux, mais cela n’excuse rien. Et autre chose…Florianne t’as pris avec elle. Pense-y. » Roncebrume serra les dents « Chef…la migration a fini. Florianne…C’est difficile.
-Peu importe. Tu es Silencieux, fais tes choix…Ou d’autres les feront pour toi. » Et il s’en fut. Roncebrume n’avait plus qu’à remâcher ses propos : Aherne était devenu chef de guerre, Florianne avait fait retraite dans une plantabri luxuriante, et lui qu’était-il devenu ? Il ricana « Un scribe négociant en gros. » Et c’était vrai. Alors même que Zinder était devenu une halte pour les caravanes, deux sylvari avaient fait croitre un abri de verdure afin d’y entreposer les ressources du village. Levallyn et Kaltredd, les deux créateurs de l’entrepôt avaient également leurs vues sur toute association avec les skritts et depuis, le négoce avec les chapardeurs de la région valait à Roncebrume un décompte méticuleux du contenu de l’abri. Et cet après-midi ne fut pas une exception. Au crépuscule, assoiffé, affamé, Roncebrume rangea rouleaux et crayons fit ses ablutions dans une corolle à l’écart, et fit de petits pain à la viande son repas. Et alors qu’aux alentours s’installait une pénombre ponctuée de lueurs vivantes, Roncebrume se dirigea vers une plantabri décorée par de grandes mélianthes. À son approche l’opercule s’entrouvrit sur une pénombre ponctuée de lueurs empourprées. À l’intérieur, vêtue d’une tunique, arborant un collier d’ébène luisante  Moira s’affairait devant une jarre massive. A l’approche de Roncebrume elle s’approcha. Débarrassée de sa longue robe, la Sylvarie arborait fièrement les épines qui jalonnaient ses mains, ses membres et sa tête. Elle n’en restait pas moins d’une hospitalité péremptoire. « Bienvenue. Tu as faim ? » Devant la dénégation de Roncebrume elle reprit « Tu auras besoin de toute ton énergie pour cette leçon.
-je suis prêt à tout. » Roncebrume avait cessé de plaisanter avec cette formule. Moira fit la moue « Comme tu veux. Maintenant approche ! » Elle se dirigea vers la jarre et défit son collier. A l’instant celui-ci se tortilla dans ses mains en sifflant. « C’est une vipère noire » Commenta Moira. « Son poison peut être mortel, quoiqu’inefficace dans mon cas. » Elle laissa tomber le serpent dans la jarre. « En ce qui te concerne ce serpent peut infliger des douleurs féroces pour quelques jours. » Roncebrume leva un regard interrogateur vers le visage triangulaire baigné dans la lueur pourpre. « L’exercice est simple. Il y a un serpent enragé dans la jarre. La tâche qui te revient est de l’empoisonner et de t’en emparer.
-Et ?
-Et la seule façon de le faire est de mettre ton bras dans la jarre : des manches te gêneraient trop. À toi d’empoisonner le serpent ».  Roncebrume hocha la tête. « D’accord. » Il retira sa chemise, et torse nu s’assit devant la jarre. C’était un récipient à col haut. Un sifflement affaibli en émanait. Il leva la main. « Tu entends la vipère ? » chuchota Moira tout contre son oreille. « Elle te réserve le meilleur de sa haine. Elle te donnera beaucoup de douleur dès que ton bras pénètrera dans cette jarre. Tu penses l’empoisonner ? »
Lentement la main de Roncebrume pénétra dans la jarre. « Tu dois la suffoquer. Ses crocs dégouttent de poison. Dès que ton bras touchera le fond elle remontera, et te mordra dans le cou. »
Roncebrume grimaça.
« Alors prends ta peur, ta haine et fais-en une boule au fond de toi même. Et le moment venu…Laisse la sortir au cœur de ta paume. »  Les muscles tendus, Roncebrume avança sa main, son poignet, son bras dans la jarre. Quelque chose se dirigeait vers ses doigts. Un frisson le parcourut. Ses lèvres prononcèrent un mot, il sentit son bras se couvrir d’une sueur poisseuse, et une odeur âcre se répandit dans l’habitation.  Dans la jarre quelque chose se tordait de souffrance ; puis ce fut le silence. « Bien » Murmura Moira « Maintenant récupère le cadavre et donne-le moi. » Quand il lui passa le serpent, elle lui essuya la main avec une feuille lustrée.  L’instant d’après la feuille flétrit. Moira eut un rire cristallin et s’assit aux côtés de Roncebrume. Elle lui prit la main « Maintenant tu sais ce que veut dire être le poison. » Sa main épineuse se posa sur la nuque de Roncebrume et lentement, de ses lèvres âcres elle l’embrassa.  Elle rit encore, et attira son élève vers la couche non loin de la lampe.

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Re: [GW2 Récit] La férocité inextinguible de la pénombre

Message par Jeradon le Lun 19 Juin 2017 - 23:57

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La chaleur du matin n’avait pas encore pénétré la plante quand Florianne s’éveilla. Elle était seule dans un grand lit. Une fois de plus. Avec un pincement au cœur elle avisa Roncebrume, encore endormi dans une feuille à même le sol.  Il avait sa façon à lui de donner un sens au terme «découcher ». Elle en aurait ri en d’autres temps. Maintenant…

Elle se leva, regarda ses cuisses nervurées, fit courir ses mains sur sa poitrine ferme, et s’approcha du vieux miroir tacheté. Elle étouffa un sanglot : sur le métal terni la contemplait une sylvarie au visage flétri, perdant les pétales de sa chevelure. Elle n’aurait jamais cru que la douleur pouvait rendre si hideuse. Elle jeta un regard désespéré vers la feuille où dormait paisiblement l’autre. Ravalant ses larmes elle fit une toilette furtive, enfila silencieusement sa robe et enfin sortit dans le matin moite et endormi.

À la lumière tamisée de la canopée le village s’éveillait lentement. Un soupir parcourut une plante abri toute proche et l’opercule s'ouvrit pour laisser place à une Sylvarie à moitié endormie. Celle-ci tourna un regard encore embrumé vers Florianne avant de s’arrêter, stupéfaite. Sans attendre Florianne s’éloigna hâtivement. Il ne lui fallut au quelques instants pour sortir du petit bosquet de maisons, et sous les pins et séquoias, elle emprunta les allées poussiéreuses qui menaient vers les hautes terres.

À l’orée du bois se trouvait une plante isolée flanquée d'un bulbe au bord d’une fontaine. Là y travaillait Morag…Fine et toute en feuilles vertes et lustrées, enveloppée dans un tablier de cuir fatigué, telle était Morag.
Elle salua Florianne d’un grand geste de la main, s’approcha, avant de s’arrêter net.  La stupéfaction, la compassion se lut sur son visage ovale. "Ma chérie, mais tu te laisses flétrir..." Florianne n'y tint plus. Elle se cacha le visage dans les mains et éclata en sanglots.
Quelque part Morag murmurait des paroles apaisantes. Son front toucha le front de Florianne, elle lui écarta les mains. Dans ses bons yeux bleus turquoise on n'y lisait que tendre patience. "C'est lui n'est-ce pas ? C'est Roncebrume...
-Il est rentré en pleine nuit et..." De murmure La voix de Florianne devint un staccato rageur "Il s'est enroulé dans une feuille. Encore. Et après il va se réveiller. Tard dans le jour. Et après..."
-Et d’abord ? " La voix de Morag etait empreinte d'une douceur maternelle. "Il prend ce qu'une autre lui offre et ce n'est pas ta faute. Vos chemins ne peuvent pas se joindre. Tout le monde peut voir ça au village...
-Mais pourtant il a bien voulu de mon hospitalité...
-Tu lui as tendrement offert ce que tu avais de mieux n'est-ce pas ? C'est une histoire classique." Et à vrai dire Morag connaissait des tas d’histoires classiques. "Et cela va finir...
-Je me moque de sa fin !" La rage empreignait les mots de Florianne. " Il peut bien forniquer sa plante vénéneuse à s’en flétrir le membre...Mais ces deux-là pourraient avoir de la décence !!!"
Et malheureusement ces deux-là n'y pensaient même pas.

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